Les macérats huileux
Quand les plantes confient leurs trésors à l’huile
Calendula, arnica, lavande, plantain, millepertuis… Vous avez certainement déjà rencontré un macérat huileux dans un baume, une huile de massage, un savon ou un soin cosmétique.

Mais qu’est-ce exactement qu’un macérat huileux ? Peut-on faire macérer toutes les plantes ? Faut-il utiliser des plantes fraîches ou séchées ? Quelle différence entre une macération à froid, à chaud et une macération solaire ? Et pourquoi certaines plantes se prêtent-elles beaucoup mieux que d’autres à une extraction dans l’huile ?
Bienvenue dans le monde passionnant des extraits oléiques.
Qu’est-ce qu’un macérat huileux ?
Un macérat huileux, également appelé extrait oléique, est obtenu en laissant séjourner une matière végétale dans une huile végétale pendant un certain temps.
L’huile joue alors le rôle de solvant.
Elle va recueillir une partie des molécules de la plante qui ont une affinité avec les corps gras : pigments liposolubles, certains composés aromatiques, caroténoïdes, phytostérols, certains terpènes et autres constituants lipophiles.
Autrement dit, nous ne faisons pas simplement « tremper une plante dans de l’huile ».
Nous réalisons une extraction.
Au fil des jours ou des semaines, l'huile se charge d'une partie des constituants de la plante ainsi que, bien souvent, de sa couleur et de son parfum.
Une huile végétale devient ainsi le support des composés extractibles de la plante.
Macérat huileux = huile végétale + plante + temps
Trois éléments très simples… mais énormément de possibilités.
Toutes les plantes peuvent-elles être macérées dans l’huile ?
Techniquement, énormément de matières végétales peuvent être mises dans une huile.
Mais cela ne signifie pas que l’huile soit toujours le meilleur moyen d’en extraire les principes intéressants.
C'est probablement le point le plus important à comprendre.
Certaines molécules sont :
- liposolubles : elles aiment les corps gras et passent assez facilement dans l’huile ;
- hydrosolubles : elles préfèrent l’eau ;
- solubles dans l’alcool ;
- ou nécessitent d’autres procédés d’extraction.
Un macérat huileux ne reproduit donc jamais l'intégralité de la composition d'une plante.
C'est une fraction de la plante que nous récupérons.
Quelques exemples
Le calendula est un merveilleux candidat à la macération huileuse : plusieurs de ses pigments et constituants présentent une bonne affinité avec les matières grasses.
À l'inverse, les mucilages de la racine de guimauve sont essentiellement hydrophiles : ils aiment l'eau. Une macération huileuse de guimauve peut être réalisée, mais elle ne permettra pas d'extraire les fameux mucilages de la même manière qu'une préparation aqueuse.
Même réflexion avec le bleuet : sa magnifique couleur bleue provient notamment de pigments hydrosolubles. Ne vous attendez donc pas à obtenir une huile bleu électrique en mettant des pétales de bleuet dans de l'huile !
C’est aussi ce qui rend la formulation végétale si intéressante : le choix du solvant compte autant que le choix de la plante.
Quelles parties des plantes peut-on faire macérer ?
On pense immédiatement aux fleurs, mais on peut utiliser bien d'autres parties végétales :
Fleurs et sommités fleuries : calendula, arnica, lavande vraie, camomille, millepertuis, rose de Damas…
Feuilles : plantain et nombreuses plantes aromatiques.
Racines : consoude, guimauve…
Aiguilles et jeunes rameaux : sapin baumier, épinette noire.
Rameaux et feuilles : thuya, avec beaucoup plus de précautions.
Graines et semences : certaines peuvent également être travaillées, idéalement légèrement concassées lorsqu'on souhaite augmenter la surface de contact avec l'huile.
Écorces, bois ou matières végétales dures : ils sont généralement coupés ou broyés avant macération.
Pourquoi couper les plantes ?
Parce qu'une matière végétale fragmentée offre une plus grande surface de contact avec l'huile.
Mais inutile de transformer les plantes en poudre fine : cela complique énormément la filtration et peut laisser beaucoup de particules dans le macérat terminé.
Plantes fraîches ou plantes séchées ?
Voilà une question essentielle.
Dans la plupart des macérats huileux destinés à être conservés, les plantes correctement séchées sont généralement le choix le plus simple et le plus sûr.
Pourquoi ?
Parce qu'une plante fraîche contient énormément d'eau.
Et l'eau est justement ce que nous essayons de limiter dans une préparation constituée essentiellement d'huile.
Lorsqu'une plante très humide est enfermée dans un bocal rempli d'huile, cette eau peut favoriser des altérations microbiologiques et réduire considérablement la stabilité de la préparation.

Les plantes séchées
Elles présentent plusieurs avantages :
- beaucoup moins d'humidité ;
- meilleure stabilité du macérat ;
- dosage plus reproductible ;
- stockage plus facile ;
- risque microbiologique beaucoup plus faible.
Mais attention : séchée ne signifie pas vieille ou mal conservée.
Une plante destinée à la macération doit rester propre, saine, correctement identifiée et exempte de moisissure.
Et les plantes fraîches ?
Certaines traditions utilisent effectivement des plantes fraîches, notamment pour le millepertuis.
Mais travailler avec du végétal frais demande davantage de maîtrise.
Une technique intermédiaire consiste à laisser la récolte pré-faner ou flétrir pendant plusieurs heures ou davantage selon la plante afin d'éliminer une partie de son eau avant de la mettre dans l'huile.
Il faut également surveiller attentivement la préparation.
Pour une fabrication cosmétique reproductible et destinée à être conservée, je privilégie personnellement une matière première dont le taux d'humidité est maîtrisé.
Quelle huile végétale choisir ?
L'huile n'est pas seulement un récipient liquide.
Elle devient une véritable matière première du macérat.
Son choix aura donc une incidence sur :
- le toucher ;
- la pénétration cutanée ;
- la couleur;
- l'odeur
- la résistance à l'oxydation;
- la durée de conservation;
- et naturellement le produit cosmétique dans lequel le macérat sera utilisé.
Parmi les huiles intéressantes
Huile de tournesol oléique
C'est une excellente huile de macération.
Elle est relativement neutre, fluide et sa version riche en acide oléique offre une meilleure stabilité à l'oxydation qu'un tournesol classique très riche en acides gras polyinsaturés.
Huile d'olive
Très traditionnelle, stable et facilement disponible.
Elle donne toutefois un macérat plus riche, plus coloré et possède sa propre odeur.
Huile de jojoba
Techniquement, il s'agit plutôt d'une cire liquide.
Elle est extrêmement stable à l'oxydation et particulièrement intéressante pour certains soins haut de gamme, mais son coût est nettement supérieur.
Amande douce, sésame, noyau d'abricot…
Elles peuvent également servir de support selon le soin recherché.
Pour un macérat destiné à être conservé plusieurs mois, mieux vaut éviter de choisir uniquement une huile particulièrement fragile à l'oxydation.
La macération à froid
C'est probablement la méthode la plus traditionnelle.
Elle demande peu de matériel mais beaucoup de patience.
Le principe
La plante est placée dans un bocal parfaitement propre et sec puis entièrement recouverte d'huile.
Il est essentiel que toute la matière végétale reste immergée.
Une partie de plante dépassant à la surface constitue un point particulièrement vulnérable.
La méthode
- Préparer une plante propre et correctement séchée.
- La couper grossièrement si nécessaire.
- La déposer dans un bocal propre et parfaitement sec.
- Recouvrir totalement d'huile végétale.
- Mélanger doucement afin de faire remonter les éventuelles bulles d'air.
- Fermer.
- Laisser macérer plusieurs semaines.
- Remuer ou retourner délicatement le récipient régulièrement.
- Filtrer soigneusement.
- Laisser éventuellement décanter avant une seconde filtration.
- Conditionner dans un flacon propre, idéalement teinté.
Une durée d'environ 3 à 6 semaines est fréquemment pratiquée artisanalement, mais il n'existe pas un nombre magique de jours valable pour toutes les plantes.
La plante utilisée, sa granulométrie, l'huile, la température et le rapport plante/huile influencent tous l'extraction.
La macération solaire : le soleil fait-il vraiment le travail ?
La fameuse macération solaire est une forme de macération traditionnelle durant laquelle le bocal est exposé à la chaleur et/ou à la lumière solaire pendant plusieurs semaines.
L'image est magnifique : un bocal rempli de fleurs dorées sur le rebord d'une fenêtre…
Mais il faut apporter une nuance.
La chaleur peut accélérer certains phénomènes d'extraction, mais la lumière et la chaleur accélèrent également l'oxydation des huiles.
Il ne faut donc pas imaginer que plus le bocal « cuit » au soleil, meilleur sera le macérat.
Personnellement, je préfère parler de chaleur douce plutôt que de plein soleil brûlant.
On peut placer le macérat dans un endroit lumineux et modérément chaud, mais éviter les températures excessives et les longues expositions derrière une vitre en plein été.
Tradition et chimie peuvent parfaitement cohabiter !
La macération à chaud
Lorsque l'on souhaite raccourcir le temps d'extraction, il est possible d'utiliser une macération à chaud.
Mais « à chaud » ne signifie absolument pas faire frire les plantes !
L'objectif est de fournir une chaleur douce et maîtrisée.
Au bain-marie
On place le récipient contenant la plante et l'huile dans un bain-marie puis on chauffe doucement pendant plusieurs heures.
Une plage douce, autour de 40 à 50 °C, est souvent suffisante pour une macération artisanale délicate.
Plus la température augmente, plus l'on accélère également les réactions d'oxydation et la dégradation éventuelle de certains constituants fragiles.
Il faut donc préférer :
temps + chaleur douce
plutôt que :
température élevée + vitesse.
Une mijoteuse ou un appareil permettant de maintenir une température très basse peut également être utilisé.
Après chauffage, le macérat refroidit avant d'être soigneusement filtré.
À chaud ou à froid : quelle méthode choisir ?
La macération à froid permet une extraction lente, sans exposition volontaire à la chaleur. Elle est merveilleuse lorsqu'on dispose de temps et que l'on travaille avec des matières végétales délicates.

La macération douce à chaud est pratique pour accélérer le processus, notamment avec certaines racines ou matières plus coriaces.
Mais aucune méthode n'est systématiquement « meilleure ».
Le meilleur procédé est celui qui est adapté à la plante, à la molécule recherchée et à l'huile utilisée.
Et maintenant, regardons quelques macérats parmi les plus connus
Le Calendula – Calendula officinalis
C'est certainement la grande vedette des macérats huileux.
On utilise principalement les capitules floraux séchés.
Le macérat prend généralement une jolie teinte jaune à orangée.
Il est très apprécié dans les soins cosmétiques destinés aux peaux délicates, sèches ou inconfortables et constitue une merveilleuse base pour :
- les baumes ;
- huiles corporelles ;
- savons ;
- soins après exposition aux agressions extérieures ;
- soins des mains et zones sèches.
C'est certainement l'un des premiers macérats que je conseillerais pour découvrir cette technique.
La Lavande vraie – Lavandula angustifolia
Les fleurs séchées de lavande vraie donnent un macérat doux et légèrement aromatique.
Attention toutefois à ne pas confondre un macérat huileux de lavande avec une huile essentielle de lavande.
L'huile essentielle est obtenue par distillation et présente une composition et une concentration totalement différentes.
Le macérat est beaucoup plus doux et incorpore une partie seulement des molécules extractibles par l'huile.
Il convient parfaitement aux huiles corporelles et aux baumes.
La Camomille allemande – Matricaria chamomilla / Matricaria recutita
Les capitules floraux séchés peuvent être macérés dans une huile végétale.
Elle est traditionnellement recherchée dans les préparations destinées aux peaux sensibles et inconfortables.
Là encore, il ne faut pas confondre le macérat avec l'huile essentielle de camomille allemande.
Le bleu intense que l'on associe parfois à son huile essentielle n'est pas une caractéristique que l'on doit attendre automatiquement d'une simple macération huileuse.
Le Plantain – Plantago lanceolata ou Plantago major
Le plantain est une plante que j'aime énormément travailler dans les préparations traditionnelles.
On utilise principalement ses feuilles.
Cependant, une partie de ses constituants intéressants est plutôt polaire et ne sera donc pas intégralement extraite dans l'huile.
Le macérat huileux n'est qu'une des façons d'exploiter la plante.
Il trouve néanmoins parfaitement sa place dans de nombreux baumes traditionnels.
Le Millepertuis – Hypericum perforatum
Voilà un macérat emblématique.
Traditionnellement, les sommités fleuries peuvent donner à l'huile une magnifique couleur rouge.
Mais le millepertuis nécessite une vraie précaution.
Les préparations de millepertuis peuvent provoquer des réactions cutanées lors d'une exposition au soleil ; le NCCIH indique notamment que l'innocuité de l'utilisation topique reste insuffisamment documentée et que des réactions sévères après exposition solaire sont possibles.
Par prudence, on évite donc l'exposition solaire des zones sur lesquelles un macérat de millepertuis a été appliqué.
C'est une précaution importante à transmettre au consommateur.
Le Bleuet – Centaurea cyanus
Le bleuet est superbe… mais voilà justement un excellent exemple pour comprendre les solvants.
Les pigments responsables de ses magnifiques tonalités bleues ne présentent pas la même affinité pour l'huile que pour l'eau.
Le macérat huileux de bleuet existe, mais il ne faut pas attendre de lui les mêmes caractéristiques qu'une eau florale, une infusion ou un extrait réalisé avec un autre solvant.
C'est une belle illustration de cette règle :
une même plante + des solvants différents = des extraits différents.
L'Arnica – Arnica montana
Les capitules d'arnica sont traditionnellement utilisés pour réaliser des préparations cutanées.
L'Agence européenne des médicaments reconnaît l'utilisation cutanée traditionnelle de préparations à base de fleurs d'arnica, notamment pour des atteintes mineures telles que contusions et douleurs localisées.
En cosmétique ou dans les préparations traditionnelles, l'arnica est donc surtout destiné à l'usage externe.
On évite notamment l'application sur une peau abîmée et l'utilisation en cas d'allergie connue aux Astéracées.
La Rose de Damas – Rosa damascena
Pétales délicats et parfum mythique…
Les pétales séchés peuvent être placés dans une huile végétale afin d'obtenir une huile douce, élégante et merveilleuse dans les soins du visage et du corps.
Mais là encore, un macérat de rose ne sera jamais l'équivalent :
- d'une huile essentielle de rose ;
- d'un absolu ;
- ou d'une eau florale de rose.
Ce sont quatre matières premières différentes.
Et les racines ?
Guimauve – Althaea officinalis
La racine séchée peut être macérée dans l'huile après avoir été coupée en petits morceaux.
Mais attention à une idée reçue : la guimauve est surtout célèbre pour ses mucilages, et ces derniers ont une bien meilleure affinité avec l'eau.
Une extraction huileuse ne récupère donc pas tout ce qui fait la réputation traditionnelle d'une préparation aqueuse de guimauve.
Cela ne rend pas le macérat inutile : cela signifie simplement qu'il est différent.
Consoude – Symphytum officinale
On utilise généralement la racine séchée, coupée en morceaux.
La consoude demande cependant davantage de prudence en raison de la présence possible d'alcaloïdes pyrrolizidiniques.
L'Agence européenne des médicaments rappelle que certains de ces alcaloïdes sont toxiques pour le foie et encadre très strictement l'exposition dans les préparations médicinales à base de consoude.
Pour une utilisation professionnelle, je privilégierais donc une matière première spécifiée et contrôlée plutôt qu'une consoude sauvage utilisée sans analyse.
Usage externe uniquement et sur peau intacte.
C'est particulièrement important lorsqu'un produit est destiné à être commercialisé.
Et les conifères et les rameaux ?
Sapin baumier
Les jeunes rameaux et aiguilles peuvent être utilisés.
Ils donnent une préparation à l'odeur végétale, résineuse et forestière très intéressante dans les baumes corporels ou de massage.
Une matière légèrement fragmentée augmentera le contact avec l'huile.
Épinette noire
Les aiguilles et jeunes rameaux peuvent également être travaillés.
Comme pour tous les végétaux récoltés frais, il faut être extrêmement attentif à l'humidité avant la mise en macération.
Le macérat est beaucoup moins concentré en molécules aromatiques qu'une huile essentielle d'épinette noire : là encore, il s'agit de deux préparations totalement différentes.
Et le thuya ?
Ici, je serais nettement plus prudente.
Le thuya (Thuja occidentalis) contient notamment des composés aromatiques comprenant de la thuyone ; l'EMA consacre d'ailleurs des recommandations spécifiques à l'exposition aux préparations végétales qui en contiennent.
Ce n'est donc pas une plante que je placerais dans la catégorie des macérats « familiaux » à réaliser sans connaissance précise de la matière première et de son utilisation.
Pour une formulation professionnelle, il faut étudier la composition, le dosage, la population concernée et l'évaluation de sécurité du produit fini.
Peut-on mélanger plusieurs plantes dans le même macérat ?
Absolument.
On peut créer un macérat composé de plusieurs plantes compatibles.
Par exemple :
Calendula + camomille + lavande
pour une huile cosmétique douce.
Ou :
Arnica + calendula
dans une préparation traditionnelle destinée au massage.
Mais je préfère souvent préparer les macérats séparément, puis les mélanger au moment de la formulation.
Pourquoi ?
Parce que cela donne beaucoup plus de liberté.
Si vous avez :
- un macérat de calendula ;
- un macérat de plantain ;
- un macérat de lavande ;
- un macérat d'arnica ;
vous pourrez créer dix formulations différentes en faisant varier leurs proportions.
Alors qu'un macérat contenant les quatre plantes vous impose toujours la même association.
Pour un artisan formulateur, les macérats séparés sont donc extrêmement pratiques.
Faut-il peser les plantes et l'huile ?
Oui, surtout lorsque l'on souhaite reproduire son macérat.
À la maison, on rencontre souvent la méthode :
« remplir le bocal de plantes et couvrir d'huile ».
Elle fonctionne pour une fabrication empirique.
Mais pour un artisan, mieux vaut noter :
- poids de la plante ;
- état de la plante : fraîche, flétrie ou sèche ;
- partie utilisée ;
- fournisseur ou lot ;
- huile utilisée ;
- poids d'huile ;
- date de début de macération ;
- température ou méthode ;
- date de filtration ;
- rendement final.
Vous venez ainsi de transformer une recette de grand-mère en véritable procédé de fabrication reproductible.
Et j'adore cette rencontre entre tradition et rigueur.
Comment filtrer correctement un macérat ?
Après la macération, une première filtration permet d'éliminer les gros morceaux.
On peut ensuite effectuer une filtration plus fine à l'aide d'un filtre adapté.
Il est également intéressant de laisser reposer l'huile pendant 24 à 48 heures.
Les particules très fines se déposent au fond.
On récupère alors délicatement la partie claire sans remuer le dépôt.
Plus un macérat contient de résidus végétaux et d'humidité, moins sa conservation sera confortable.
Faut-il presser les plantes ?
Voilà une question intéressante.
Presser fortement permet de récupérer davantage d'huile.
Mais on récupère également davantage de fines particules et, lorsque la matière végétale contient encore de l'humidité, potentiellement davantage de cette fraction.
Pour un macérat destiné à une longue conservation, je préfère une filtration propre suivie d'une bonne décantation.
La vitamine E est-elle un conservateur ?
Non !
C'est une confusion très fréquente.
La vitamine E, ou tocophérol, est utilisée comme antioxydant.
Elle contribue à ralentir l'oxydation des matières grasses.
Elle peut donc être très intéressante dans un macérat huileux.
Mais elle ne remplace pas un véritable conservateur antimicrobien lorsqu'une formule contient de l'eau.
Dans un macérat correctement réalisé à partir de plantes sèches, l'objectif est justement de disposer d'un milieu pratiquement anhydre.
Combien de temps conserver un macérat huileux ?
Impossible de donner une durée universelle.
La conservation dépend notamment :
- de l'huile utilisée ;
- de sa fraîcheur au départ ;
- de sa sensibilité à l'oxydation ;
- de la qualité de la plante ;
- de l'humidité résiduelle ;
- de la méthode d'extraction ;
- de la filtration ;
- du conditionnement ;
- de la température ;
- de l'exposition à l'air et à la lumière.
Un macérat fabriqué dans une huile déjà proche de sa date limite ne retrouvera évidemment pas une nouvelle jeunesse parce qu'on y a ajouté du calendula !
Les signes d'une huile oxydée
L'odeur est souvent le premier indice.
Une odeur :
- rance ;
- de vieille noix ;
- de peinture ;
- de carton gras ;
doit alerter.
Un changement inhabituel de couleur, une turbidité, des dépôts suspects ou une évolution de l'odeur doivent également conduire à examiner la préparation.
Au réfrigérateur ou dans l'armoire ?
Pour la plupart des macérats réalisés avec une huile relativement stable, un endroit frais, sec et à l'abri de la lumière suffit.
Le réfrigérateur n'est donc pas systématiquement nécessaire.
Certaines huiles deviennent d'ailleurs troubles ou se figent partiellement au froid : cela ne signifie pas qu'elles sont abîmées.
Le plus important est :
- éviter la chaleur ;
- éviter la lumière ;
- refermer correctement ;
- limiter les ouvertures inutiles ;
- préférer un flacon adapté, éventuellement teinté.
Peut-on congeler un macérat ?
C'est rarement nécessaire.
Pour un artisan, il est généralement préférable de fabriquer des quantités adaptées à sa consommation et de travailler avec des matières premières fraîches plutôt que de multiplier les cycles de stockage.
Un macérat peut-il moisir ?
Une huile pure n'offre pas les mêmes conditions de développement microbien qu'une crème contenant de l'eau.
Mais une matière végétale fraîche introduit justement de l'eau dans le système.
C'est là que commencent les problèmes.
Si de petites poches d'eau restent prisonnières dans le végétal ou au fond du récipient, la situation n'est plus celle d'une huile parfaitement anhydre.
C'est pour cette raison que je reviens encore et encore sur trois mots :
sécher – filtrer – protéger.
Et en savonnerie ?
Les macérats huileux sont absolument passionnants en savonnerie.
On peut les utiliser comme une partie des huiles de la recette ou, selon la formulation, les incorporer d'une manière permettant de valoriser au mieux la matière première choisie.
Mais il faut garder une chose à l'esprit :
la saponification est une réaction chimique réalisée dans un milieu très alcalin.
Il serait donc imprudent d'affirmer que toutes les molécules végétales présentes dans le macérat survivent intactes à la fabrication du savon.
Dans un savon, un macérat apporte aussi :
- son huile support ;
- sa fraction insaponifiable ;
- certains pigments ;
- et surtout toute la cohérence d'une formulation végétale soigneusement pensée.
Macérat, huile essentielle, hydrolat : ce n'est pas la même chose !
Prenons la lavande.
Avec une même plante, nous pouvons obtenir :
Un macérat huileux
La plante séjourne dans une huile.
Une huile essentielle
Les molécules aromatiques volatiles sont obtenues principalement par distillation.
Un hydrolat
C'est la phase aqueuse aromatique obtenue lors de cette distillation.
Une infusion
La plante est extraite dans de l'eau chaude.
Quatre préparations issues d'une même plante.
Quatre compositions différentes.
Quatre utilisations possibles.
Voilà toute la richesse de la phytocosmétique.
Quelques précautions générales
Naturel ne signifie jamais « sans précautions ».
Avant d'utiliser une plante en cosmétique, il faut vérifier :
- son identité botanique ;
- la partie utilisée ;
- sa qualité ;
- ses constituants connus ;
- ses éventuels allergènes ;
- ses contre-indications ;
- son utilisation chez l'enfant ;
- son utilisation pendant la grossesse ou l'allaitement ;
- les éventuelles interactions avec le soleil ;
- et la concentration finale dans le produit.
Pour les personnes allergiques aux Astéracées, une vigilance particulière est notamment nécessaire avec des plantes appartenant à cette famille telles que l'arnica, le calendula ou la camomille.
Le millepertuis demande des précautions vis-à-vis du soleil.
La consoude nécessite une vigilance particulière en raison de ses alcaloïdes pyrrolizidiniques.
Et le thuya mérite une approche particulièrement prudente en raison notamment de la présence de thuyone dans la plante.
En résumé : le secret d'un beau macérat
Un bon macérat huileux, ce n'est finalement pas très compliqué.
Mais ce sont les détails qui font toute la différence.
Une plante correctement identifiée.
Une matière végétale de qualité.
Le moins d'eau possible.
Une huile adaptée et fraîche.
Une macération douce.
Du temps.
Une filtration soigneuse.
Une protection contre l'air, la lumière et la chaleur.
Et surtout : comprendre que l'huile ne peut extraire que ce que la plante accepte de lui confier.
C'est peut-être cela que j'aime le plus dans les macérats.
Ils nous rappellent qu'en formulation naturelle, il ne suffit pas de connaître les bienfaits d'une plante.
Il faut aussi comprendre comment aller les chercher.
Une fleur, une racine, quelques semaines de patience et une huile végétale…
Et au bout du chemin, cette huile n'est plus tout à fait la même.
Elle a pris une couleur, parfois un parfum, une identité.
Elle est devenue un extrait oléique.
Un peu de plante, beaucoup de savoir-faire… et surtout du temps.
QuinteSens – La quintessence du savon