Le shampoing pique les yeux… mais pourquoi

Le shampoing pique les yeux… mais pourquoi

« Mon shampoing est doux, mais il pique les yeux… est-ce normal ? »
Oui, et la réponse se cache dans la chimie du savon, le pH et les agents lavants. Faisons le point simplement.

Qui n’a jamais vécu ce grand classique sous la douche ?

Un peu de mousse coule sur le front, atteint les yeux et… ça pique !

Réflexe immédiat : fermer les yeux, chercher l’eau à tâtons et rincer abondamment.

Mais pourquoi certains shampoings piquent-ils beaucoup les yeux alors que d’autres, notamment ceux destinés aux bébés, portent la mention « sans larmes » ou « ne pique pas les yeux » ?

Et qu’en est-il d’un shampoing solide fabriqué par saponification à froid, comme ceux que je fabrique chez QuinteSens ?

La réponse se trouve essentiellement dans trois choses : le pH, les agents lavants utilisés et la formulation globale du produit.

Commençons par nos yeux

Les yeux sont particulièrement sensibles.

La surface de l’œil est protégée par le film lacrymal, autrement dit nos larmes. Leur pH naturel se situe approximativement entre 6,5 et 7,6, avec une moyenne mesurée autour de 7. 

Lorsque quelque chose arrive dans l’œil et perturbe cet équilibre ou agresse sa surface, notre organisme réagit immédiatement : picotements, sensation de brûlure et production de larmes pour éliminer l’intrus.

C’est un formidable mécanisme de protection.

Pourquoi un shampoing peut-il piquer ?

Un shampoing doit enlever le sébum, les poussières, la transpiration et les résidus présents sur les cheveux.

Pour cela, il lui faut des molécules capables d’accrocher à la fois l’eau et les corps gras : ce sont les tensioactifs.

Mais tous les tensioactifs ne se comportent pas de la même manière.

Certains sont très détergents, certains beaucoup plus doux, certains produisent énormément de mousse et d’autres très peu.

Et surtout, leur potentiel irritant pour les yeux varie selon :

  • leur nature chimique ;
  • leur concentration ;
  • les autres tensioactifs auxquels ils sont associés ;
  • le pH du produit ;
  • la dilution du shampoing ;
  • et la formulation dans son ensemble.

Une étude récente consacrée aux produits lavants pour bébés montre d'ailleurs qu'on ne peut pas simplement classer un ingrédient comme « doux » ou « irritant » indépendamment de la formule : la concentration et les associations entre tensioactifs peuvent considérablement modifier l'irritation oculaire. 

Shampoing industriel et shampoing SAF : ce n’est pas du tout la même chimie

C'est une différence essentielle.

Un shampoing liquide classique n'est généralement pas du savon.

Il est formulé avec des tensioactifs choisis par le formulateur : anioniques, amphotères, non ioniques, etc.

Son pH peut ensuite être ajusté selon l'objectif recherché.

On trouve ainsi couramment des shampoings formulés autour d'un pH légèrement acide, particulièrement adapté aux cheveux et au cuir chevelu.

Mais attention à une idée reçue : « industriel » ne signifie pas automatiquement « agressif ».

Il existe des shampoings industriels très doux et d'autres beaucoup plus détergents. Tout dépend de leur formulation.

Et mon shampoing fabriqué en SAF ?

Avec la saponification à froid, le principe est complètement différent.

Je travaille avec des huiles et des corps gras auxquels est ajoutée une solution alcaline.

Au cours de la saponification, les huiles sont transformées en : savon + glycérine naturellement produite.

Le tensioactif est donc ici… le savon lui-même.

Et un véritable savon possède naturellement un pH alcalin, généralement situé aux alentours de 9 à 10 selon sa composition et sa mesure.

Ce caractère alcalin fait partie de la chimie du savon.

On ne peut donc pas comparer directement le pH d'un shampoing SAF à celui d'un shampoing liquide formulé avec des tensioactifs synthétiques ou issus de matières premières végétales.

Et voilà pourquoi un shampoing SAF peut piquer les yeux

Nos larmes se situent autour de la neutralité.

Le savon SAF, lui, est alcalin.

Lorsqu'une mousse de savon arrive directement dans l'œil, cette différence de pH, associée à l'action tensioactive du savon, peut provoquer immédiatement une sensation de picotement.

Les savons alcalins présentent d'ailleurs généralement davantage de potentiel irritant que certains nettoyants formulés avec des tensioactifs de type « syndet ». 

Cela ne signifie absolument pas que le savon est « mauvais ».

Cela signifie simplement : un savon est fait pour laver la peau ou les cheveux, pas les yeux.

Même un savon très doux, surgras, riche en glycérine et formulé avec de belles huiles végétales peut piquer s'il entre dans l'œil.

Le surgras améliore la douceur du savon sur la peau, mais il ne transforme pas son pH alcalin en pH neutre.

Mais alors… comment fait-on un shampoing bébé qui ne pique presque pas les yeux ?

Voilà la question intéressante !

On entend parfois : « Ils mettent un ingrédient dans les shampoings bébé qui anesthésie l'œil. »

Non.

C'est une vieille légende.

Les fabricants de shampoings « sans larmes » expliquent d'ailleurs explicitement qu'ils n'utilisent pas d'agents anesthésiants pour insensibiliser les yeux. 

Il n'existe donc pas une petite poudre magique « anti-picotement ».

C'est la formule entière qui est construite pour réduire l'irritation.

Parmi les ingrédients souvent utilisés : les tensioactifs amphotères

C'est ici que l'on retrouve notamment des ingrédients de la famille des bétaïnes :

  • Cocamidopropyl Betaine

mais aussi, selon les formulations :

  • Sodium Cocoamphoacetate, ou d'autres tensioactifs amphotères et non ioniques.

La cocamidopropyl bétaïne est extrêmement courante dans les produits lavants doux et les shampoings.

Les shampoings pour enfants utilisent fréquemment des associations de tensioactifs amphotères et non ioniques afin d'obtenir un lavage suffisamment efficace tout en limitant l'agressivité de la formule. 

Mais je précise quelque chose d'important : la Cocamidopropyl Betaine n'est pas à elle seule “l'ingrédient qui empêche le shampoing de piquer les yeux”.

Elle participe à la douceur d'une formulation lorsqu'elle est correctement choisie et associée à d'autres ingrédients.

D'ailleurs, des travaux récents montrent que même un tensioactif réputé doux peut devenir irritant dans certaines concentrations ou associations. 

La cosmétique est rarement l'affaire d'un seul ingrédient.

C'est une question d'équilibre.

Une histoire de micelles également

Voici une partie de la chimie que je trouve particulièrement intéressante.

Dans l'eau, les molécules de tensioactifs se regroupent pour former de petites structures appelées micelles.

Ce sont notamment elles qui emprisonnent les matières grasses et permettent leur élimination au rinçage.

Dans certaines formulations « sans larmes », les tensioactifs sont choisis et associés de manière à former des structures suffisamment grandes et douces pour réduire leur interaction avec les tissus de l'œil.

Johnson & Johnson explique par exemple que son système « No More Tears » repose notamment sur le contrôle de la taille des structures formées par les agents nettoyants afin de diminuer leur interaction avec les yeux. 

On est donc loin du fameux « produit qui endort l'œil ».

C'est de la chimie de formulation.

Et le pH dans tout cela ?

Il joue lui aussi un rôle, mais il serait trop simple de dire :

« Si le pH est celui des larmes, le shampoing ne pique pas. »

Ce n'est pas aussi simple.

Le pH des larmes tourne autour de 7, mais certains produits lavants doux destinés aux bébés sont formulés autour de pH 5,5 et restent néanmoins conçus pour minimiser l'irritation des yeux. 

Cela montre bien que le résultat dépend de l'ensemble de la formule.

Le choix des tensioactifs, leur concentration, leur association, la taille des micelles et le pH travaillent ensemble.

Alors, lequel est le meilleur : shampoing conventionnel ou shampoing SAF ?

Ils sont tout simplement différents.

Un shampoing conventionnel permet au formulateur de travailler avec différents tensioactifs et d'ajuster précisément son pH.

Un shampoing SAF repose sur la saponification des huiles et conserve les caractéristiques d'un véritable savon : glycérine naturellement formée, choix des huiles, surgras éventuel… et pH alcalin inhérent à la saponification.

Chez QuinteSens, lorsque je parle d'un shampoing SAF doux, je parle donc de sa formulation pour les cheveux et le cuir chevelu.

Cela ne signifie pas qu'il est conçu pour entrer dans les yeux.

Et cette nuance est importante.

Un shampoing SAF qui pique les yeux n'est donc pas un shampoing raté !

C'est probablement la conclusion la plus importante de cet article.

Lorsqu'un client me dit : « Votre shampoing est très doux mais il pique les yeux ! », les deux affirmations peuvent parfaitement être vraies.

Il peut être formulé avec des huiles soigneusement sélectionnées, être surgras, contenir naturellement de la glycérine et être agréable pour le cuir chevelu…et piquer les yeux s'il entre directement en contact avec eux.

Il n'y a aucune contradiction.

Son alcalinité naturelle explique en grande partie cette réaction.

Comment utiliser un shampoing SAF confortablement ?

Quelques gestes simples suffisent :

Mouillez bien les cheveux avant utilisation.

Faites mousser le shampoing sur les cheveux ou entre les mains plutôt que directement sur le visage.

Lors du rinçage, inclinez légèrement la tête en arrière afin que la mousse s'écoule vers la nuque plutôt que vers les yeux.

Et surtout : en cas de contact avec les yeux, rincez immédiatement et abondamment à l'eau claire.

Il n'est absolument pas nécessaire de « supporter » les picotements.

Naturel ne signifie pas « compatible avec les yeux »

C'est peut-être aussi une belle occasion de rappeler une chose que je répète souvent en cosmétique artisanale : naturel ne veut pas dire neutre, inerte ou utilisable partout.

Un savon peut être naturel et alcalin.

Une huile essentielle peut être naturelle et puissante.

Une plante peut être naturelle et posséder des contre-indications.

Et un shampoing SAF peut être remarquablement simple dans sa composition tout en piquant lorsqu'il entre dans l'œil.

Comprendre la chimie d'un produit permet souvent de mieux comprendre son utilisation.

En résumé

Un shampoing pique les yeux principalement lorsque ses agents nettoyants et/ou son pH perturbent la surface oculaire.

Les shampoings « sans larmes » ne contiennent pas un mystérieux anesthésiant. Ils sont formulés avec des systèmes lavants particulièrement étudiés pour réduire l'irritation : choix et association de tensioactifs doux, concentration adaptée, organisation des micelles et maîtrise du pH.

Dans un shampoing SAF, le tensioactif est le savon obtenu par saponification.

Son pH est naturellement alcalin.

C'est pourquoi : Oui, un shampoing SAF peut être doux pour le cuir chevelu… et néanmoins piquer les yeux.

Et maintenant, vous savez pourquoi !

Un but, une passion : QuinteSens.

QuinteSens, la quintessence du savon.

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